Vers le milieu de l’année, l’air à Bali change. La lourde humidité se dissipe, remplacée par un vent régulier qui remonte d’Australie. Les Balinais appellent ça Angin Sasih Karo, le vent de la deuxième saison. Pour la plupart des gens, ça veut simplement dire une météo de plage plus agréable. Pour les agriculteurs, c’est le signal que la récolte est terminée et que les champs sont assez secs pour être travaillés.
C’est le moment où les cerfs-volants prennent leur envol, et ça n’a rien à voir avec le cerf-volant tel qu’on le connaît ailleurs. En Occident, c’est une activité décontractée, une chose qu’on fait par une après-midi venteuse. À Bali, c’est lié à la gratitude et à l’obligation. Les cerfs-volants, layangan, sont envoyés dans le ciel comme un message à Bhatara Bayu, le dieu du vent, et aux forces divines plus largement, pour les remercier d’une bonne récolte et demander l’équilibre pour le cycle suivant. Les gens passent des semaines à construire ces objets parce que le village a décidé que ça compte encore. Ce n’est pas du divertissement. C’est un travail qui doit être fait.
La saison des cerfs-volants monte en puissance progressivement. Les petits groupes de village commencent en juin, mais les principaux événements du festival du cerf-volant de Bali ont lieu en juillet. Cette année, la Fédération balinaise du cerf-volant organise deux festivals officiels :
- 18-19 juillet (8h à 18h) à la plage de Padang Galak, à Sanur : Yadnya Cakra Fest Layangan Bali, là où les plus grands cerfs-volants se rassemblent et où vous verrez toute l’intensité de la tradition. Le sable volcanique noir et la côte dégagée captent l’Angin Sasih Karo à pleine puissance, ce vent régulier et continu dont on a besoin pour garder en l’air, pendant des heures, un objet de la taille d’un petit bateau.
- 23-26 juillet (10h à 21h) à la plage de Mertasari : la compétition internationale suit peu après, avec des cerfs-volants et des équipes venus de toute la région.

Les trois formes traditionnelles de cerf-volant
Chaque cerf-volant que vous verrez à Padang Galak suit l’un des trois modèles établis. Chacun a une forme spécifique, porte son propre poids symbolique, et vole différemment selon le vent.
Ces formes sont liées à la façon dont les Balinais comprennent le monde. Le Subak, ce système d’irrigation reconnu par l’UNESCO comme un chef-d’œuvre d’ingénierie paysagère, fonctionne de la même manière que ces cerfs-volants, en équilibrant des forces pour maintenir la stabilité. Sous terre, le Subak distribue l’eau pour maintenir les rizières en terrasses en vie. Au-dessus, les cerfs-volants équilibrent le vent pour porter un message vers le ciel.
Bebean (le poisson)
En forme de poisson large et plat, le Bebean est le cerf-volant le plus courant. Il se déplace en douceur dans les airs, avec un mouvement régulier et ondulant. Symboliquement, c’est une offrande à l’océan et aux divinités des eaux, une reconnaissance que la mer nourrit l’île. Sa forme large lui donne de la stabilité, c’est donc le cerf-volant que la plupart des équipes de village font voler quand elles veulent un vol prévisible et maîtrisé.
Janggan (le dragon)
C’est la star du spectacle. Le Janggan a une tête sculptée à son sommet, représentant Basuki, un serpent de la mythologie hindoue censé stabiliser la terre, et une queue qui peut s’étirer sur une centaine de mètres ou plus derrière lui. Cette queue massive crée une traînée qu’il faut un vrai savoir-faire pour gérer. Faire voler un Janggan, ce n’est pas seulement attraper le vent, c’est lire en permanence comment la queue se déplace et ajuster en conséquence. Le cerf-volant tire fort dans le ciel, demandant une attention constante de l’équipe au sol pendant tout le vol.
Pecukan (la feuille)
Le plus petit et le plus sensible des trois, le Pecukan réagit à chaque changement de vent. Le faire voler demande un contrôle actif permanent, ce qui le rend plus difficile qu’il n’y paraît. Symboliquement, il représente la fragilité de la vie humaine et le besoin de rester équilibré même quand tout autour de vous change. C’est le cerf-volant que choisissent les pilotes expérimentés quand ils veulent un vrai défi.
| Forme de cerf-volant | Ce qu’il représente | Comment il vole | Taille typique |
|---|---|---|---|
| Bebean | Abondance de l’océan, gratitude envers l’eau | Fluide, stable, prévisible | 4 à 10 m de large |
| Janggan | Stabilité de la terre (Basuki le serpent) | Forte traction, gestion active nécessaire | 3 à 5 m d’envergure, queue de 50 à 120 m |
| Pecukan | Fragilité humaine, besoin d’équilibre | Instable, ajustement constant requis | 3 à 6 m de large |
Construire un cerf-volant pour le festival
Un cerf-volant n’est jamais construit par une seule personne. C’est un projet de banjar, la communauté du quartier travaillant ensemble pendant des semaines pour fabriquer quelque chose qui volera quelques heures, et peut-être plus jamais après.

Sélection et préparation du bambou
Le travail commence des semaines avant le festival avec la sélection du bambou. Les artisans expérimentés choisissent des tiges à une maturité précise : trop jeunes, elles ne tiendront pas la tension ; trop vieilles, elles cassent. La tradition veut qu’on récolte pendant certaines phases du calendrier lunaire, même si la raison pratique est que le bambou mature est plus solide et résiste mieux aux insectes.
Une fois le bambou choisi, les artisans passent des jours à le tailler à la main avec une précision extrême. Les deux ailes doivent correspondre parfaitement en poids et en flexibilité, sinon le cerf-volant ne volera pas droit. On parle ici de différences de quelques grammes qui comptent. Une fois l’armature ligaturée avec de la corde, ils tendent et cousent un tissu de coton par-dessus, généralement en rouge, blanc et noir, des couleurs traditionnelles utilisées depuis des générations.
La bénédiction Melaspas
À ce stade, ce n’est encore que du bambou et du tissu. Il reste inerte jusqu’à la cérémonie du Melaspas, une bénédiction accomplie par un prêtre hindou la veille du festival. Eau bénite, offrandes précises de nourriture et de fleurs, chants. Le rituel est censé éliminer l’énergie négative et infuser le cerf-volant de prana, la force vitale. Après ça, le cerf-volant est traité comme quelque chose de sacré. On ne l’enjambe pas, on ne le range pas n’importe comment, on le manipule avec respect.
Le transport jusqu’à la plage
L’amener jusqu’à Padang Galak pose ses propres problèmes de logistique. Un cerf-volant de 8 mètres de large ne rentre pas dans une voiture. À l’aube, le jour du festival, une équipe d’hommes du banjar le charge sur un camion ou le porte à la main le long de la route. La circulation locale ralentit pour les laisser passer. Les gens comprennent ce qui se joue.
| Étape | Quand | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| Sélection du bambou | Semaines avant | Bambou mature récolté pour sa solidité et sa flexibilité |
| Taillage et ligature | Semaines 2-3 | Bambou taillé à la main avec une précision extrême, ligaturé en armature |
| Tissu et peinture | Semaine 1 | Tissu de coton tendu et cousu sur l’armature |
| Bénédiction Melaspas | Veille du festival | Le prêtre accomplit le rituel de purification, le cerf-volant reçoit le prana |
| Transport vers la plage | 5h, jour du festival | Le banjar organise le camion ou le portage à la main jusqu’à Padang Galak |
| Installation | 8h, jour du festival | L’équipe réassemble les éléments, déploie la queue, prépare le lancement |
Ce qui se passe à Padang Galak
Le son et l’énergie
Les 18 et 19 juillet 2026, Padang Galak est bruyant d’une façon qui donne l’impression d’être vivant. Chaque banjar amène un orchestre de gamelan, tambours, gongs, cymbales, qui joue en continu. C’est une musique traditionnelle historiquement jouée avant que les guerriers ne partent au combat, et cette énergie se ressent. Elle galvanise les équipes qui font voler les cerfs-volants et impressionne un peu les autres villages. Ça fait partie du jeu.

Le lancement
Le lancement, c’est le moment où tout devient sérieux. Une personne tient l’immense armature du cerf-volant pendant qu’un groupe de jeunes hommes sprinte le long de la plage en tenant une corde épaisse. Quand le vent l’attrape, ça va vite. La corde devient assez tendue pour couper les mains si on n’est pas prudent, c’est pourquoi les équipes l’ancrent à des pieux en bois plantés dans le sable ou la retiennent avec leur corps. Ça demande une vraie coordination et de la force, et on peut voir la concentration sur leurs visages.

Le vol en compétition
Une fois en l’air, un cerf-volant peut y rester des heures si le vent coopère. Les équipes le gèrent depuis le sol, sentant comment le vent change, faisant de petits ajustements. Si deux cerfs-volants se rapprochent l’un de l’autre, les choses deviennent intéressantes. Certaines lignes sont enduites d’un matériau abrasif, et l’objectif en vol de compétition est de couper la ligne de l’autre cerf-volant et de le regarder dériver au loin. C’est là que le vrai savoir-faire se révèle.
Ce que signifie vraiment le ngayah
Tout ce que vous observez, des mois de construction du cerf-volant, à l’entraînement, à la musique du gamelan, au lancement, personne n’est payé pour ça. On appelle ça le ngayah, une pratique balinaise où les gens donnent bénévolement leur temps et leur énergie pour le bien de leur communauté ou pour les dieux. Les matériaux coûtent de l’argent. Le travail prend des mois. L’effort physique est réel. Mais les gens le font parce qu’ils croient que ça compte, pas parce qu’ils touchent un salaire. C’est la différence entre quelque chose qui meurt et quelque chose qui reste vivant. Les gens croient encore que ça vaut la peine d’être fait.
Toute l’expérience dégage une énergie difficile à décrire tant qu’on ne l’a pas vécue. Ce n’est pas comme les autres festivals. Ce sont des gens du même quartier qui font ensemble quelque chose qu’ils font depuis des générations, et vous êtes simplement là pour les regarder faire.

Le son bourdonnant
Quand le vent est fort et que l’après-midi chauffe, vous entendrez quelque chose par-dessus le gamelan et la foule. C’est un bourdonnement grave, presque une vibration qu’on ressent dans la poitrine autant qu’on l’entend. Ce son vient du guangan, un arc en bambou courbé avec un fin ruban de feuille de palmier ou de plastique tendu dessus, monté sur la tête des cerfs-volants Bebean et Janggan.
Quand le vent souffle dessus, le ruban vibre et tout le cerf-volant devient comme un instrument à cordes. Ce n’est pas décoratif. La croyance balinaise veut que ce son repousse les esprits négatifs et purifie l’espace aérien au-dessus de l’île. Qu’on y croie ou non, le son est bien réel, et c’est une des choses qui rendent le festival reconnaissable entre tous. Une fois qu’on l’a entendu, on ne l’oublie pas.
Ce qui est intéressant, c’est que tout ça continue de se produire pendant que des resorts de luxe se construisent un peu plus loin sur la côte et que les bus de touristes remplissent les plages. Le festival du cerf-volant de Bali ne change pas pour s’adapter au tourisme. Il reste exactement ce qu’il est, une tradition ancrée dans l’agriculture et les saisons, pratiquée par des gens des mêmes villages année après année. Le ciel au-dessus de Bali appartient encore à ceux qui ont construit ces cerfs-volants, pas aux touristes qui regardent. Tant que les jeunes de chaque banjar continueront à se mobiliser en juillet et août pour construire et faire voler ces objets, quelque chose de réel restera intact.
Sécurité et respect
Quand vous êtes à Padang Galak, quelques règles simples permettent à tout le monde de rester en sécurité et à la pratique de se dérouler sans accroc.
- Restez hors de la zone de lancement. Quand une équipe sprinte le long de la plage avec un cerf-volant, elle ne peut pas s’arrêter en pleine course. Si vous êtes sur leur trajectoire, dégagez rapidement. Ce n’est pas compliqué, juste une question d’attention.
- Les cordes sont dangereuses. Les cordages épais qui retiennent les cerfs-volants sont sous forte tension. Ne les enjambez pas, ne vous tenez pas dessous, ne restez pas juste à côté d’une corde active. Si elle casse, elle bouge vite et peut blesser quelqu’un. Gardez vos distances.
- N’enjambez pas le cerf-volant. Si un cerf-volant repose sur le sable, ne l’enjambez pas. Dans la culture balinaise, faire passer son corps au-dessus de quelque chose de sacré est irrespectueux. C’est une règle simple qui montre que vous comprenez ce qui se joue là.
- Laissez de l’espace aux cerfs-volants. Le bambou et le tissu sont fragiles et précisément équilibrés. Restez à au moins deux mètres d’un cerf-volant au repos. Ne le touchez pas.
- Laissez les musiciens du gamelan travailler. Ils se déplacent pour soutenir les pilotes, et ont besoin d’une vue dégagée sur le ciel. Ne les bloquez pas et n’envahissez pas leur espace.
Infos pratiques pour la journée
- Arrivez en milieu de matinée (vers 10h), quand le vent devient régulier
- Portez des chaussures fermées ; le sable volcanique chauffe et se dérobe sous les pieds
- Crème solaire à indice élevé, à réappliquer régulièrement
- Attendez-vous à du trafic en sortant de Sanur en fin de journée ; partez tôt ou armez-vous de patience
Si voir se dérouler sur le sable une tradition vieille de plusieurs siècles vous donne envie de découvrir le reste de l’île, notre équipe peut vous aider à construire un itinéraire à Bali autour de ça, des plages de Sanur à la plongée plus loin sur l’archipel. Contactez-nous et nous préparerons un voyage selon vos dates.
Questions fréquentes
Quand a lieu le festival du cerf-volant de Bali ?
Les principaux événements se déroulent les 18-19 juillet (Yadnya Cakra Fest Layangan Bali à Padang Galak) et du 23 au 26 juillet (Rare Angon International Kite Festival à la plage de Mertasari). Des compétitions plus petites continuent le long de la côte jusqu’en septembre et octobre, partout où le vent coopère.
Quel est le meilleur endroit pour regarder ?
La plage de Padang Galak, juste au nord de Sanur, est l’endroit où se déroulent les événements Yadnya Cakra les 18 et 19 juillet. Elle est assez large pour que plusieurs équipes lancent leurs cerfs-volants en même temps, donc vous avez une vue complète.
Faut-il payer pour assister au festival ?
Aucun droit d’entrée. C’est un événement public et communautaire. Prévoyez juste de la monnaie pour le parking si vous venez en voiture, ce sont des familles locales qui le gèrent.
Que dois-je porter ?
Restez sobre. Un pantalon léger ou un bermuda conviennent très bien. Évitez le maillot de bain, ça détonne et ça ne colle pas à l’ambiance. Un sarong est une marque de respect appréciée, mais pas obligatoire sur la plage ouverte.
Pourquoi les cerfs-volants font-ils ce bruit bourdonnant ?
Le cerf-volant est équipé d’un arc en bambou courbé appelé guangan. Un ruban à l’intérieur vibre quand le vent le frappe, produisant un bourdonnement grave. Ce son est censé repousser les esprits négatifs.
Puis-je faire voler un cerf-volant ?
Non. Les cerfs-volants sont des objets sacrés bénis lors d’une cérémonie religieuse, et ils demandent des mains entraînées. Seuls les membres du banjar les font voler. Mais vous êtes le bienvenu pour regarder, encourager, prendre des photos, et faire partie de l’énergie du lieu, à bonne distance.



