Bali est une île de traditions et de cérémonies, mais la tradition de l’Ogoh-Ogoh compte parmi les plus saisissantes. Ce défilé spectaculaire, qui précède Nyepi chaque année, va bien au-delà d’un simple festival : c’est un acte spirituel qui porte des siècles de culture balinaise, de mythes et de rituels communautaires. Le genre d’expérience qu’on ne s’explique pas tout à fait — et qu’on n’oublie pas.
Cette année, nous avons eu la chance d’accompagner le Banjar Abiantimbul Intaran, un groupe communautaire reconnu pour son engagement dans cette pratique ancestrale, pendant la fabrication de leur Ogoh-Ogoh pour la nuit du Ngrupuk. Du premier croquis à la dernière touche de peinture, il était clair que l’enjeu dépassait la simple sculpture. C’est un acte de purification, une narration collective, une œuvre commune. Voici un tour d’horizon du processus de création de l’Ogoh-Ogoh et de la signification profonde de cette tradition.
Qu’est-ce qu’un Ogoh-Ogoh ?
Les Ogoh-Ogoh sont de grandes sculptures, souvent menaçantes, fabriquées à partir de bambou, de papier et d’autres matériaux. Elles représentent des énergies négatives, des démons ou des figures mythiques. Leur création est un élément central de Nyepi, le Jour du Silence balinais. Mais pour vraiment comprendre les Ogoh-Ogoh, il faut d’abord comprendre le rôle que Nyepi joue dans la vie des Balinais, et ce que ces figures incarnent dans le processus de purification.
Nyepi est un jour de silence : toute l’île de Bali s’arrête pendant 24 heures pour l’introspection, le jeûne et le renouvellement spirituel. C’est un moment fort pour les Balinais, qui font le bilan de l’année écoulée et se préparent mentalement et spirituellement à un nouveau départ. Mais avant que le silence de Nyepi ne s’installe, il y a un rituel de purification — et c’est là qu’interviennent les Ogoh-Ogoh.
Les Ogoh-Ogoh défilent dans les rues la nuit qui précède Nyepi, la nuit du Ngrupuk. C’est l’un des moments les plus intenses des célébrations de Nyepi : une nuit où la communauté se retrouve pour célébrer la vie, l’art et ses histoires partagées. Les statues sont portées à travers les rues, et leur taille, leur niveau de détail et leur caractère menaçant symbolisent les forces négatives que la communauté souhaite chasser.

L’histoire et la signification des Ogoh-Ogoh
La tradition des Ogoh-Ogoh remonte à plusieurs siècles, ancrée dans les croyances spirituelles et la mythologie de Bali. Dans la culture balinaise, la nuit qui précède Nyepi est le moment de chasser les bhuta kala — les mauvais esprits et les forces négatives. Les Ogoh-Ogoh sont la représentation de ces esprits : grotesques, effrayants, exagérés dans leurs traits. Leur taille disproportionnée permet d’affronter symboliquement ces énergies malveillantes pour mieux les surmonter.
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À l’origine, les Ogoh-Ogoh étaient des sculptures simples. Avec le temps, la tradition a évolué, et les œuvres sont devenues de plus en plus complexes et créatives. Ce qui n’était autrefois qu’une effigie de bambou et de tissu est aujourd’hui une pièce d’art très détaillée, reflet du talent des artisans locaux. Les figures s’inspirent souvent de la mythologie balinaise, de ses démons et de ses dieux, mais les créations peuvent aussi refléter des problèmes contemporains, des enjeux sociaux, ou des histoires personnelles. C’est cette évolution qui fait des Ogoh-Ogoh une tradition aussi vivante.
Ce qui est frappant, c’est que les Ogoh-Ogoh ne représentent pas seulement le mal — ils incarnent aussi la transformation. Brûler les statues symbolise la destruction de ces esprits et la purification de l’île, mais aussi un renouveau pour les habitants. La combustion n’est pas un simple feu de joie : c’est un acte de libération, une façon de se délester de tout ce qui a pesé sur l’année écoulée, pour que la communauté puisse repartir à zéro.
La nuit du Ngrupuk : célébration et purification
La nuit du Ngrupuk, la veille de Nyepi, est le sommet du festival des Ogoh-Ogoh. Les rues s’animent de musique, de bruit et d’énergie. Les statues sont portées par des groupes d’hommes et de femmes, souvent accompagnées de gamelan, et défilent dans une procession rythmée. Tout est dans l’excès — le bruit, le mouvement, l’agitation — à l’opposé du calme et du silence que Nyepi exigera quelques heures plus tard.
La procession est aussi un acte de purification public. Tandis que les statues avancent dans les rues, on croit que les mauvais esprits et les énergies négatives qui y sont attachés sont eux aussi chassés de la communauté. Le défilé culmine dans un moment fort : les Ogoh-Ogoh sont brûlés, symbole de l’élimination complète de ces forces négatives.
La cohésion qui règne pendant la nuit du Ngrupuk est palpable. Des gens de tous âges et de tous horizons se retrouvent pour participer à cet événement collectif. L’énergie est contagieuse. Mais au-delà du spectacle, il y a un respect profond pour la tradition. Brûler les Ogoh-Ogoh rappelle que la transformation est nécessaire pour avancer — une purification de l’esprit, de l’âme et de l’environnement, avant de commencer une nouvelle page.
Le Banjar Abiantimbul Intaran : artisans des Ogoh-Ogoh
Le Banjar Abiantimbul Intaran est un bon exemple du niveau de soin et d’exigence artistique qui entre dans la fabrication des Ogoh-Ogoh. Ce groupe communautaire travaille avec une précision et une attention au détail remarquables pour créer des figures qui ne sont pas seulement belles, mais qui portent un sens. Chaque élément, des expressions féroces sur les visages des démons aux motifs brodés sur les costumes, raconte une histoire.

Au fil de nos visites, nous avons été frappés par la rigueur de la planification et l’effort que représente cette création. Il ne s’agissait pas simplement de construire une grande statue — il s’agissait de donner forme à une pièce qui porte les espoirs, les peurs et les aspirations d’une communauté. L’esprit collectif qui entoure tout le processus est touchant. Chacun a un rôle, et chaque contribution, même modeste, est indispensable pour concrétiser la vision commune.
En suivant l’avancement du chantier, nous avons vu l’Ogoh-Ogoh prendre vie — du squelette de bambou nu à la figure peinte et menaçante, prête pour le défilé. Le savoir-faire était impressionnant, mais c’est surtout le sens du projet derrière chaque geste qui nous a marqués. Ces statues n’existent pas pour la parade : elles sont le reflet de l’âme d’une communauté, et la représentation de son chemin partagé.

L’essence spirituelle des Ogoh-Ogoh : un renouveau de l’âme
Brûler les Ogoh-Ogoh lors de la nuit du Ngrupuk n’est pas qu’un spectacle de feu — c’est une pratique spirituelle qui relie la communauté à ses racines. Un rituel de purification qui chasse la négativité de l’année écoulée, individuellement et collectivement. C’est aussi un rappel que, comme ces statues, nous devons nous libérer de ce qui ne nous sert plus pour pouvoir avancer et recommencer à zéro.
Avoir suivi ce processus aux côtés du Banjar Abiantimbul Intaran fut une expérience marquante. La passion, l’exigence artistique et la spiritualité qui entrent dans la fabrication de ces effigies sont difficiles à mettre en mots. C’est une tradition à la fois intime et collective — qui relie les Balinais à leurs ancêtres, à leur communauté, et à leur terre.
Quand et où voir le défilé des Ogoh-Ogoh
Pour assister au défilé, notez la date du 18 mars 2026 — la nuit qui précède Nyepi, le Jour du Silence de Bali. Dès le coucher du soleil, les rues s’animent de processions, de musique et de chants rythmés, dans un contraste saisissant avec le calme absolu qui suivra. Les meilleurs endroits pour voir le défilé :
- Denpasar, Puputan Square.
Le cœur des célébrations, avec les Ogoh-Ogoh les plus grands et les plus élaborés. L’atmosphère y est intense, des milliers de personnes se rassemblent pour voir les statues effectuer leur dernier trajet avant d’être brûlées. - Ubud, Palais Royal et Monkey Forest Road.
Une expérience plus intimiste, mais tout aussi saisissante. La communauté d’Ubud soigne particulièrement ses créations, souvent d’une grande finesse, inspirées de la mythologie balinaise. - Kuta et Legian.
Un mélange de tradition et d’énergie moderne. Attendez-vous à de grandes foules, à une ambiance festive et à des Ogoh-Ogoh portés à travers des artères animées. - Sanur, Bypass Ngurah Rai et Pantai Segara Ayu.
Un bon endroit pour voir les défilés sans la pression des foules de Denpasar ou Kuta. Les processions de Sanur ont quelque chose de plus authentique, plus ancré dans la communauté locale. - Villages locaux et banjars.
Pour une expérience véritablement immersive, rendez-vous dans un village où la communauté accomplit le rituel dans un cadre plus traditionnel. Le lien entre les habitants, leurs Ogoh-Ogoh et les histoires qu’ils racontent est quelque chose qu’on ne retrouve pas ailleurs.
Où que vous choisissiez d’aller, l’énergie de la nuit du Ngrupuk est difficile à oublier. Un mélange de chaos et de purification, de narration collective et de renouveau, avant que le silence de Nyepi ne s’installe sur toute l’île.
Quelques conseils pratiques pour regarder le défilé
- Arrivez tôt. Les meilleures places partent vite, surtout à Denpasar et Ubud. Installez-vous avant le coucher du soleil pour avoir un bon point de vue.
- Respectez la procession. Évitez de traverser devant les Ogoh-Ogoh pendant qu’ils sont portés. Ce n’est pas un spectacle — c’est un rituel sacré.
- Habillez-vous confortablement. Vous resterez debout un moment. Un sarong est toujours apprécié en signe de respect.
- Préparez-vous au bruit. Entre le gamelan, les pétards et les cris de la foule, la nuit du Ngrupuk peut être très sonore. Si vous êtes sensible au bruit, emportez des bouchons d’oreilles.
- Pensez à Nyepi. Une fois le défilé terminé, Bali entre en mode silence total. Faites vos provisions avant, car tout sera fermé pendant 24 heures — y compris l’aéroport.
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